« Il faut penser global »
Rachel Mariembe* a visité le MKB et a jeté un regard sur quelques objets du Cameroun dans le dépôt, plus précisément ceux du royaume Bamoun. Isabella Bozsa, chercheuse en provenance, l’a interrogé.
Isabella Bozsa : Rachel, tu viens toi-même de Bamoun. Quel est ton ressenti en voyant les collections de Bamoun ici ?
Rachel Mariembe : C’était un sentiment ambivalent. Je suis départagé entre la tristesse de voir les objets de mon village très important conservé ailleurs et dont on n’a plus connaissance au pays d’une part, et d’autre part la fierté de les retrouver et voir les parties de notre histoire disparue qu’on peut restaurer.
Isabella Bozsa (à gauche) dans le dépôt du MKB avec Rachel Mariembe
Quels sont les objets qui ont particulièrement attiré ton attention ? Quels sont les « objets qui parlent », comme tu dirais ?
Les objets les plus parlants de ce que j’ai vue sont les livres de prières issues de la bibliothèque du roi Njoya écrit en arabe et dans l’écriture historique « akauku ». Et aussi les trois tableaux de Missionnaire Göhring, qui documente l’écriture inventé par le roi Njoya. Et enfin les deux textiles Ndop, on regard du savoir faire qui est derrière la fabrication de ces textiles.
« D'une valeur inestimable »
Quelle est leur valeur culturelle des livres avec les prières pour les membres du royaume Bamoun aujourd'hui ?
Ces livres sont d’une valeur inestimable. Ils appellent à une interrogation sur les pratiques religieuses de l’époque en opposition à ce qui se fait aujourd’hui. On a besoin de les traduire, de comprendre le contenue et de les enseigner à la jeune génération pour qu’ils ne disparaissent pas. Les contenus de ces livres doivent être reconnecté à leur origine.
Regardant un livre de prières
Et comment une reconnexion peut être mise en place ?
Premièrement il faut mener des recherches pluridisciplinaires. Et pour faciliter l’accessibilité au Cameroun il faut les digitaliser. Après je pense à une exposition qui pose ces questions au Cameroun et dans une approche d’intendance partagée (shared stewardship). Il s’agit de donner les informations « par le bas ». La méthodologie serait de donner la parole aux communautés.
« bien documenter les objets
dans un cadre collaboratif »
Ces dernières années, on parle de recherche de provenance et de restitution dans de nombreux domaines de la société. Quels objets devraient, selon toi, rentrer au Cameroun et pourquoi ?
De façon générale on a des objets à valeur cultuelle, rituelle, identitaire, mémorielle, de prestige, d’artisanat, etc. En dehors des objets du domaine de l’artisanat, toutes les autres catégories doivent rentrer.
Deux pages du livre Bamum, originaire de Fumban au Cameroun, collection de la Mission de Bâle, collectionneur Martin Göhring
Et devraient-ils rentrer aux communautés ou à l’État ?
Il existe un comité interministériel de restitution des biens culturels au Cameroun qui travaille sur la démarche nationale de restitution. En attendant la publication des résultats de ce travaux, la société civile, les chercheurs et les chercheuses, universitaires, les communautés et les responsables de musées en Suisse doivent travailler à bien documenter les objets du Cameroun dans un cadre collaboratif. Ainsi on pourra définir qui de l’État ou la communauté peux recevoir les biens rapatrier. (C’est une question de souveraineté nationale. C’est une discussion interne aux Camerounais.)
Que souhaiterais-tu pour un futur projet coopératif ?
Il faut penser global : documentation, accessibilité de la collection et des archives, partage de connaissance et bonne pratiques, inclusion de communautés d‘origine, conférence et des expositions.
*Rachel Mariembe est enseignante chercheure et chef du département du Patrimoine et Muséologie à l’Institut des Beaux-Arts de l’Université de Douala à Nkongsamba.